Le sol humide de la forêt dégage un parfum entêtant, lourd d’arômes. Dans les gouttes d’eau sur les feuilles mouillées se reflète un ciel tourmenté comme en offre l’automne. Le chapeau du bolet de pin, confortablement installé sur son lit d’humus, brille d’humidité. sa surface est lisse, légèrement gluante et l’odeur qui se dégage de ce modeste champignon me met l’eau à la bouche. Je tâte avec délicatesse la chair humide, je coupe avec soin le pied charnu et je savoure l’instant…
Depuis que je suis enfant, j’ai la passion des champignons… Aller “aux champignons” est pour moi bien davantage qu’une occupation, c’est une passion! Transmise par mon père. Quand j’étais enfant, il y avait une récompense pour une bonne récolte, mais ce n’était pas cette carotte qui m’attirait dans la forêt, avec mon petit panier et mon opinel, non, c’était bien plus que cela. Amoureuse de la nature, j’ étais infatigable quand il s’agissait d’aller ramasser le dîner! J’en profitais pour observer la forêt, allongée sur le sol moussu d’une sapineraie, à la recherche de chanterelles, j’écoutais battre le coeur de la nature, je regardais grimper les cloportes et je prenais toujours soin de laisser un morceau de champignon aux limaces.
Aujourd’hui encore, lorsque mon instinct de cueilleur se réveille et que les conditions sont favorables, je suis capable de tout laisser en souffrance pour aller voir dans mes coins favoris si les champignons sont au rendez-vous. Et lorsqu’ils sortent, magnifiques, parfaits, je ne peux m’empêcher d’en éprouver de l’émotion! C’est un plaisir presque sensuel que celui de caresser leur chapeau humide, de respirer leur odeur, de les récolter avec respect, toujours au couteau pour ne pas abîmer le mycélium. Il m’est arrivé de visiter “mes ” coins à la lampe de poche, tellement j’avais envie de savoir si les cèpes étaient sortis ou si les chanterelles commençaient à pointer le bout de leur corolle! C’est une “chasse” jouissive, comme chercher des oeufs de Pâques quand on était enfant, mais l’avantage c’est que ça n’arrive pas qu’une fois dans l’année!
J’ai l’impression de revenir à quelque chose d’essentiel, lorsque je ramasse des champignons, comme si cette activité réveillait en moi des réflexes et des instincts anciens… Quoi de plus normal et à la fois de plus en rare à notre époque, que d’aller chercher dans la nature notre nourriture. Mais pour cela, il faut la connaître, être à l’écoute, posséder un savoir, même réduit, de ses mécanismes, des organismes comestibles ou non. Et savoir respecter les lieux de vie des organsiemes utiles, c’est s’assurer que la récolte sera à nouveau bonne l’année prochaine! C’est une façon de ne pas vivre la nature en simple admirateur ou promeneur, mais en utilisateur respectueux. Et quand les champignons comestibles ne sont pas au rendez-vous, ce n’est pas grave, il y a tant d’autres choses à découvrir, admirer, photographier!
Un champignon, c’est l’organe reproducteur d’un organisme incroyablement grand, complexe et adaptable! Finalement, nous n’en voyons et nous n’en mangeons que le sexe! Le champignon lui-même, le mycélium, c’est un enchevêtrement de filaments qui aide au recyclage des matières organiques forestières, digérant les feuilles, les morts, le bois… Ce n’est pas pour rien que les champignons évoquent la fertilité ou bien la mort, selon les cultures. Je me souviens m’être un jour assise dans la forêt tropicale à Bornéo, à l’écoute et à l’affût de tout ce que je pouvais y voir et l’omniprésence des champignons, de toutes les formes et de toutes les tailles, m’avait rappelé leur importance au niveau écologique. Tout ce qui vit, meurt et ce qui meurt fait vivre à nouveau. éternel cycle de la matière, fascinant, émouvant et qui nous rappelle que la matière est en perpétuel recyclage. Et nous mêmes sommes faits de cette matière, les atomes qui nous composent sont finalement les mêmes que ceux de l’arbre, du cloporte ou du champignon…
Et que dire de l’infinité de formes que ces êtres à part peuvent prendre! leur diversité estprodigieuse! Certains ont même une forme tellement phallique qu’une nymphomane aurait presque envie de s’assoir dessus. Ou comment en revenir à cette histoire de symbole de fertilité!
Les champignons ont également une aura encore plus sulfureuse, faite d’histoires de magie, de sorcellerie et de modifications d’états de conscience… Comme l’amanite tue-mouche, vieil ami de certains chamanes européens d’hier et d’aujourd’hui.
Rassurez-vous, je ne vais pas consommer de champignons hallucinogènes (d’ailleurs, c’est une chose à ne jamais faire sans savoir comment! ) mais aller m’empresser d’aller nettoyer ma récolte pour le dîner de ce soir, une succulente poelée de chanterelles qui ne manquera pas d’embaumer la maison d’une odeur d’humus et d’affoler les papilles déjà émoustillées à l’idée de déguster ces petits bouts de forêt!






Those are mushrooms, right? Wow. They’re beautiful, specially the last one.